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Viande rouge et élevage pastoral au Maroc (No106)

vendredi 18 juillet 2003, par Collecte CND F.M


I-Complexité du domaine pastoral et problèmes de production en viande rouge

Notre pays, naguère exportateur de viande connaît depuis des années une tendance vers la pénurie qui s’est matérialisée par une stabilisation des prix à des niveaux élevés, en tout cas inacceptables pour un pouvoir d’achat du marocain moyen.

Sachant que l’essentiel des animaux destinés à l’abattage provient des élevages extensifs dont les besoins alimentaires sont couverts en majorité par les fourrages gratuits des parcours, on peut déjà en déduire l’effet de l’élevage pastoral et les conséquences de la dégradation de ces milieux sur la production de la viande rouge.

Malgré son importance socio-économique, cet élevage n’a pas bénéficié, à l’instar des autres spéculations telles que les cultures en irriguée, la production laitière..., d’assistance technique importante. En effet, il fallait attendre le dahir de 1969 pour entamer des recherches sérieuses sur le domaine pastoral et implanter quelques projets d’amélioration pastorale. Une évaluation rapide de ces interventions sur les pâturages montre que nous sommes loin des objectifs fixés malgré que les parcours au Maroc représentent un peu plus de 70% du territoire national. Ils restent actuellement parmi les grands défis à relever pour le développement rural et une meilleure production de la viande rouge.

On sait que le domaine pastoral est un champ très complexe pour la recherche du fait de son historique, de son utilisation actuelle et de son étendue spatiale. Actuellement, avec la multitude des intervenants sur les terres du parcours (Ministère de l’Intérieur qui a la tutelle sur ces terres, la Commune Rurale par les recettes forestières, les Nouabs des terres collectives, les Services Techniques Extérieurs du MAMVA, les ayant-droits...) et le développement des attitudes individualistes des pasteurs eux-mêmes rendent ce domaine pastoral plus complexe à comprendre. Cela décourage d’ailleurs les chercheurs à s’investir dans ce domaine d’études.

Pour la commercialisation, 95% des transactions des animaux sont opérées dans les souks ruraux hebdomadaires, et la vente est réalisée au poids vif. La vente est caractérisée par une multitude d’intervenants dans le circuit de commercialisation.

Cette multitude d’acteurs dans la chaîne avant l’abattage des animaux montre que le pasteur se trouve en face d’acteurs disposant d’importants moyens financiers, ce qui les met dans une situation de rapport de force surtout durant les périodes où l’offre est très importante (période de soudure, payement de crédit agricole, payement des campagnes agricoles, sécheresse...).Notons aussi que les éleveurs ne sont pas organisés professionnellement ; la vente à la pièce et l’absence d’infrastructure appropriée diminuent encore leur pouvoir de négociation.

Cette situation ajoutée à l’absence d’un système d’informations sur les prix réduit le revenu des éleveurs à des niveaux très bas, surtout dans les régions de l’élevage pastoral, ce qui décourage la continuité de ces spéculations par leur fils qui préfèrent d’autres activités moins pénibles.

L’abattage représente la destination essentielle pour les animaux commercialisés.

Toutefois, l’abattage contrôlé ne constitue que 54% des animaux destinés à la consommation. Une soixantaine d’abattoirs municipaux sont en général très anciens et nécessitent des aménagements pour une hygiène appropriée alors que les 750 abattoirs ruraux gérés par les communes ne répondent pas aux normes minimales d’hygiène.

Cependant, il faut tenir compte des abattages non contrôlés surtout le long des grands axes routiers, lors de l’Aid EL Kébir, lors des cérémonies (mariage, moussem...) et les ouziâ.

La production des viandes rouges est assurée par les espèces ovines (43%), bovines (40) et caprines (8%).

Cette production , du fait qu’elle provient en majorité des zones de parcours, connaît d’importantes fluctuations dues aux aléas climatiques. En effet, si on analyse les données à partir des années soixante, on remarque une grande variation d’effectifs due aux successions des sécheresses qu’a connues notre pays . La sécheresse des années 81 et 82 a fait baisser les effectifs d’ovins à 10 millions de têtes.

Après une reconstitution durant l’année 92 (17 millions de têtes), on assiste à une rechute en 1994 (15 millions). Les caprins apparemment moins sensibles aux fluctuations intra-annuelles et inter-annuelles ont un effectif ne dépassant pas les 5 millions de têtes. Les bovins présentent la même tendance que les ovins : durant la sécheresse des années 80, ils ont connu une chute de 30%. Actuellement, ils s’élèvent à environ 2,5 millions de têtes (dont 30% de race améliorée). Les productions de viande rouge sont estimées en 1992 à 295 000 tonnes dont 54 % est assurée par les bovins, 30,5 % par les ovins et 15,5 % par le caprin.

Les niveaux de consommation par habitant et par an sont très faibles, soit 14 kg de viande rouge et 5 kg de viande blanche. Ce qui classe le Maroc parmi les pays à ration alimentaire pauvre en protéines d’origine animale.

II-Recommandations pour une gestion rationnelle du domaine pastoral et une meilleure production de la viande rouge

L’élevage pastoral, malgré son importance écologique, nutritionnelle et socio-économique n’a pas bénéficié des efforts considérables pour son développement et surtout l’élevage caprin. Comme on l’a déjà mentionné, cet élevage participe à lui seul par 15 % de la totalité de la viande rouge nationale. Il est donc urgent actuellement de mettre en place un plan caprin à l’instar du plan moutonnier et le plan laitier.

Un 2ème élément est essentiel concernant une synthèse des différents travaux de recherche et d’actions réalisés sur le domaine pastoral afin d’évaluer les succès et les échecs des intervenants dans les projets d’amélioration pastorale.

Un 3ème point s’avère nécessaire se porte à l’organisation des pasteurs en groupements et en associations pour une utilisation logique des pâturages, une meilleure production et une commercialisation rentable . Des structures adéquates d’encadrement des éleveurs et un système de suivi et d’informations au niveau des zones pastorales devraient être instaurés à la lumière des nouvelles orientations socio-politiques de l’État (privatisation, libéralisation ...)

Un 4ème élément d’actualité concerne l’encouragement des jeunes promoteurs et le secteur privé à investir dans ces régions et en particulier dans l’élevage pastoral (Fromageries, ateliers d’embouche, artisanat à base de cuir et de laine...)

Un autre point qu’on exploite pas ou peu dans les projets pastoraux est le rôle important que joue la femme rurale dans les revenus des foyers et le développement de l’élevage (artisanat, petit élevage...).

Pour les transactions du bétail, il est temps de penser sérieusement aux contraintes techniques et d’instaurer de véritables marchés rentables aux pasteurs en modernisant les infrastructures de commercialisation et d’abattage des animaux.

Les projets d’amélioration pastorale devraient se baser sur la participation effective des pasteurs dés la conception des études préalables en concertation avec tous les acteurs socio-politiques ; à savoir les autorités locales, les conseils communaux, les services extérieurs des ministères.... .

Ces recommandations, qui sont loin d’être exhaustives, veulent poser les jalons à une réflexion sur un problème crucial pour notre pays, celui de la viande rouge et le domaine pastoral.

Par : Abdellah AIT BABA - D.D.R. - IAV Hassan II-Rabat

Terre et Vie , 24, Août 1996


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