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Pêche : Le Maroc maintient le cap

vendredi 13 juin 2003, par Collecte CND F.M


L’Union Européenne a sollicité la mise en place d’un nouvel accord de pêche. Une fois que le Maroc a accédé à cette demande, ses conditions, fort légitimes, ont été rejetées par les communautaires. Qu’à cela ne tienne, le Royaume ne semble pas intimidé et tient à préserver ses ressources ainsi que son potentiel de développement par le biais des richesses halieutiques. Rendez-vous est donné pour le 21 novembre pour de nouvelles rencontres maroco-communautaires. C’est que la partie s’annonce longue.

Signe des temps, le gouvernement d’alternance gère autrement le dossier de la pêche. Simple coïncidence ou véritable revirement de l’approche stratégique d’ensemble. Une chose est sûre : l’accord signé en 1995 stipulait, noir sur blanc, qu’il était le dernier du genre. Ce n’était pas une clause de style. D’ailleurs, il a fallu batailler pour l’imposer.

Aujourd’hui, ni l’Union Européenne, ni le Maroc, n’ont véritablement œuvré pour la restructuration et le redéploiement de leur flotte respective.

Résultat, les communautaires sont lassés de la perspective de verser durablement des subventions aux marins restés à quai. En plus des industries situées à l’aval qui souffrent de problèmes d’approvisionnement.

Ce qui les pousse à négocier un nouvel accord, notamment au nom de la coopération multiforme et du soi-disant accord d’Association.

Aussi, tant l’Espagne et l’UE sont en train de concrétiser certaines promesses, histoire de dire : vous avez intérêt à renouveler l’accord de pêche et que nous avons beaucoup de choses à faire ensemble. C’est à chaque fois la même chanson.

Côté marocain, le pays aimerait bien continuer à être "le bon élève" et le "bon exemple". Malheureusement, comme on a dû lui faire le coup, à chaque secteur ses opérateurs et ses lobbies. On ne saurait contenter certaines activités au détriment des autres. Il faut donc tirer le meilleur profit possible de la pêche et accepter d’être traité sur le même pied d’égalité, ou presque, que les autres pays de la rive sud de la Méditerranée. Car, s’il y a favoritisme, il n’est souvent que de forme.

Le Royaume doit faire face à des défis de taille. Chaque contribution à l’effort de développement est appréciée à sa juste valeur, pour ne pas dire qu’elle vaut son pesant d’or.

Hélas, un nouvel accord de pêche ne saurait concourir, à long terme, à la réalisation des objectifs de prospérité du Royaume. Tout au plus, le pays gagnerait à limiter les dégâts tant il ne peut rester sans accord sur la pêche. Ou plutôt on ne peut le laisser en paix.

Toutefois, si c’est l’Union Européenne qui a demandé au Maroc de renouveler l’accord de pêche, elle n’a pas, pour autant, accepté ses conditions.

Ces dernières ne font que refléter le souci des pouvoirs publics de préserver une ressource qui se raréfie pour de bon. On ne peut plus fermer les yeux sur le pillage auquel ont l’habitude de se livrer les armadas étrangères.

Les autorités nationales ne se le cachent plus : nos pêcheries sont épuisées et ne sauraient supporter l’effort de pêche antérieur. Tout au plus, notre pays a proposé la réduction de moitié et des unités opérantes dans nos eaux.

Certaines zones seraient proscrites aux étrangers, la surveillance satellite serait de rigueur et les captures seraient débarquées dans des ports marocains. Autant de conditions qui sont jugées inacceptables par le Vieux Continent.

C’est que l’Europe ne veut rien savoir et comme blessée dans son orgueil, elle s’en tient à sa volonté de reconduire, quasiment à l’identique, l’ancien accord.

Chose qui a laissé perplexe plus d’un.

Pour leur part, MM. Saïd Chbaâtou et Taïeb Fassi Fihri, respectivement ministre des Pêches maritimes et Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, ont clairement laissé entendre que le Maroc était déçu par la position européenne qui s’inscrit dans la logique des rapports antérieurs. C’est dire que l’évolution qui se fait concerne le discours et non pas la pratique.

La politique euro-méditerranéenne n’est pas aussi équilibrée et rénovée qu’on veuille bien le proclamer à Barcelone ou tout récemment à Marseille lors de la Conférence Euromed.

Le Royaume, tout en restant ouvert à de nouvelles propositions, rappelle "qu’il reste souverain de ses ressources halieutiques, qu’il ne cédera à aucune pression et s’attellera à &127;optimiser&127; ses relations avec l’Union Européenne dans tous les domaines, en particulier dans le secteur de la pêche". Le ton est donc ferme. Les responsables indiquent que la stratégie de négociation convergera sur le développement du secteur de la pêche. Et que si le Maroc a accepté le principe d’un accord restreint, c’est avant tout un signe de bonne volonté de sa part visant à aider certaines régions de l’Union Européenne à restructurer leur flotte en douceur.

Par ailleurs, ce refus communautaire des conditions marocaines semble conforter les autorités marocaines dans leur conviction que les européens ne sont pas prêts à "coopérer" dans le sens d’un co-développement et d’un développement durable, par essence préservateur des ressources.

L’embauche de marins marocains serait aussi une mesure directe de lutte contre le chômage. Mais les belles paroles des Européens, qui, parfois se disent scandalisés par le fossé croissant entre les deux rives, s’envolent dès que leurs intérêts sont en jeu. C’est l’air et la chanson. Encore heureux qu’on ait annoncé à la Conférence Euromed de Marseille qu’il y aura complémentarité entre les programmes Meda-I et Meda-II. De ce fait, les trois-quarts des montants, non décaissés, du premier programme ne seront ni annulés ni intégrés dans le second.

De même, le Maroc est en droit d’affecter les retombées financières d’un éventuel accord au développement du secteur de la pêche nationale.

L’Espagne, qui est l’un de nos tous premiers partenaires économiques et commerciaux, fait monter la pression au sein de l’union Européenne pour que cette dernière active le dossier de la pêche dans les eaux marocaines.

Il est vrai aussi que le pays de Cervantès abrite une assez forte colonie marocaine, dont un certain nombre de clandestins. Et tout le monde garde en mémoire les troubles qui ont opposé autochtones et nationaux. De plus, l’Espagne est l’ancienne puissance coloniale qui avait occupé nos provinces du sud et que certains citoyens ibériques trouvent un malin plaisir à contrarier le Maroc dans sa lutte pour recouvrer pleinement et légitimement son intégrité territoriale.

Parallèlement, le pays n’a jamais renoncé à la marocanité des présides occupées de Sebta et Mellilia.

Ce sont autant de dossiers chauds qui doivent "cohabiter" avec une vision tournée vers l’avenir : celle du développement des échanges et du partenariat mutuellement avantageux.

D’un autre côté, l’Europe n’a-t-elle pas intérêt à ce que la rive sud de la Méditerranée se développe ? Ce serait le meilleur gage contre la montée des extrémismes qui s’exportent vers l’Europe avant d’être réimportés dans leur pays d’origine.

Aussi, les pays en question s’approvisionnent en premier lieu dans les pays européens. Alors, toute extension des marchés, tant en ce qui concerne les biens d’équipement que de consommation, profite principalement au Vieux Continent.

Par : Hassan Badiss

Le Temps du Maroc  : Du 17 au 23 Novembre 2000 - N° 264


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