Animateurs culturels : des postes à pourvoir
jeudi 10 octobre 2002
Une exposition qui passe inaperçue, un salon qui se transforme en « souk » ou encore un festival qui se révèle un véritable fiasco ; de pareils revers sont devenus légion. L’échec fait, de plus en souvent, la référence et la réussite l’exception. Si généralement on incrimine le manque de moyens financiers, la responsabilité humaine n’est sûrement pas dégagée. L’incompétence est quelquefois à l’origine des déboires. C’est, sans doute, ce qui a milité en faveur de l’institution d’une formation spécialisée en animation culturelle. Mais, l’initiative, espérée salvatrice, a son lot de déceptions. La scène culturelle est investie, depuis longtemps, d’organisateurs d’événements peu enclins à considérer le produit culturel dans sa spécificité. Un festival se conçoit, se prépare et se réalise de la même manière qu’une cérémonie de mariage où chaque membre de la famille se découvre des dons exceptionnels d’organisation.Cette réalité, s’accorde-t-on à dire, a provoqué la fuite du public et, par conséquent, l’affaiblissement de la culture. Or, sans rayonnement, un produit culturel n’a aucune raison d’être et sans production, les affluents de la culture tarissent.La prise de conscience de cette triste réalité aura milité en faveur de l’institution d’une formation spécialisée en « animation culturelle ». L’objectif visé était la mise à la disposition des institutions culturelles de professionnels de l’événement ou des « ingénieurs de la culture » comme les appelle le Secrétaire général de L’Institut Supérieur des Arts Dramatiques et de l’Animation Culturelle (ISADAC), M. Mohamed Bobbo. Le Pr. Belfquih, responsable du Centre des études culturelles (C.E.C.) à la faculté des lettres de Ben M’Sick à Casablanca, préfère parler de « cadres moyens de la culture capables d’accéder aux postes de gestion des structures et équipements culturels ».ExpériencesUne première expérience a été lancée en 1986 à l’ISADAC et a pu former 49 lauréats avant de s’arrêter en 2000 pour des raisons que le Secrétaire général de l’institut a préféré ne pas évoquer. Un autre programme a été initié à la faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M’Sick, à partir de 1993, à l’initiative de professeurs qui étaient mus aussi par le désir de permettre aux lauréats universitaires un accès facile au marché de l’emploi. Elle a permis, à nos jours, de former 60 animateurs culturels (4 promotions s’étalant chacune sur deux ans). Le concept allait, par la suite, être récupéré par d’autres établissements universitaires. Ouvertes à des bacheliers (ISADAC) ou à des licenciés (programmes universitaires), ces formations sont généralement sanctionnées du titre de « licence appliquée » et par fois de Diplôme des études supérieures comme c’est le cas à la faculté des lettres et des sciences humaines à Rabat. Les cursus, certes, ne sont pas identiques, mais les contenus, s’ils ne se recoupent pas, ils se ressemblent. La formation est modulaire et comprend plusieurs matières, notamment les langues, l’histoire de l’art, la communication et les techniques d’élaboration des projets culturels. Des cours de droit, de marketing, et de sociologie sont aussi dispensés. La dimension pratique de la formation est aussi importante. A la faculté des lettres de Ben M’Sick, les étudiants ont profité de stages aussi bien au Maroc qu’à l’étranger. Le réseau relationnel des initiateurs du projet était assez étoffé et permettait de conclure des conventions avec des institutions étrangères spécialisées. Mais ces derniers temps ces partenariats accusent une certaine faiblesse et les stages à l’étranger se font rares !. L’intérêt d’une formation spécialisée en médiation culturelle est donc évident. Cependant, le marché de l’emploi est-il demandeur de tels profils ? Les responsables de ces programmes sont catégoriques : le manque est flagrant.M. Mohamed Bobbo n’hésite pas à avancer le chiffre de 1000 postes à pourvoire. Pour le Pr. Abdelbaki Belfquih, « le besoin est éminent. Il est fort exprimé. Mais l’hésitation est grande ». On évoque souvent le manque de moyens.Or, les causes sont à chercher ailleurs M.N
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LE MATIN : 12.06.2002